La musique afro est-elle boycottée par Spotify, Deezer et iTunes ?

Le 12 février dernier, lors de la cérémonie des Victoires de la Musique 2016, Maitre Gim’s a consacré la musique afro sur la scène du Zénith de Paris, avec une version Ndombolo de son tube désormais international “Sapés comme jamais”. Ce soir là, après une année 2015 de tous les tubes, la musique afro a eu la reconnaissance et l’exposition qu’elle mérite. Enfin !

Ici, à la rédaction AFM, on aimerait beaucoup que la musique afro ne subisse pas le même sort que le rap, qui souffre d’un manque de reconnaissance de la part des grands médias (malgré des succès commerciaux toujours plus grands depuis bientôt 20 ans !). Nous ne souhaitons pas non plus imposer un style musical plus qu’un autre. On veut simplement que le public puisse accéder équitablement à tous les genres musicaux. Peu importe où on habite, et peu importe la plateforme qu’on utilise pour écouter notre musique.

Avec la sortie de notre compilation Africanmoove Hits 2016 disponible depuis le 19 février dernier, on a voulu en savoir plus sur la place de la musique afro sur ces fameuses plateformes de téléchargement et de streaming.

On a donc mené notre petite enquête. On a commencé par créer un profil Deezer. Et là, surprise, lors de notre inscription, au moment de sélectionner nos genres préférés, on est tombé sur la rubrique “Musique africaine”. Super ! On peut s’arrêter là, les plateformes “font le boulot” et notre article n’a aucun intérêt. C’était malheureusement trop beau pour être vrai…

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Mais où est la musique afro ?

Le succès récent de l’afrotrap de MHD (qui a réussi le tour de magie de transformer une vidéo selfie de vacances en plusieurs premières parties de Booba ainsi qu’une apparition remarquée au Petit Journal de Canal Plus) est révélateur de ce qui se passe actuellement. Tout comme la fréquentation de notre site qui ne cesse d’augmenter semaine après semaine (et on vous en remercie !). Les preuves sont sous nos yeux. Il y a une forte demande. L’afro est une musique de plus en plus populaire.

Franko, Mokobe, Fababy, Gradur, Youssoupha, Booba et même Dry tout récemment nous ont fourni de véritables hits, écoutés et réécoutés par des millions de personnes sur Youtube. Quelques mois auront donc suffit pour que les sonorités africaines envahissent nos radios, nos écrans, et nos playlists ! En est-il de même pour les playlists suggérées par Deezer ou Spotify ? Rien n’est moins sûr…

À la conquête du « Monde ».

Que ce soit sur Deezer, Spotify ou iTunes, l’afro semble rarement être mis en avant. Ainsi on retrouve plus souvent de la pop urbaine ou du rap parmi les recommandations Deezer, (alors qu’on avait sélectionné “Musique africaine” à notre inscription). OK les deux musiques cohabitent de plus en plus souvent (on l’a souvent dit sur Africanmoove), mais une partie des artistes afro se retrouvent sûrement lésés au profit des rappeurs du moment. Les rappeurs apparaissant largement plus souvent que les artistes afro dans les suggestions d’écoute. Et sur Spotify c’est encore pire, il est extrêmement difficile de se faire suggérer de la musique afro, au final, si on veut en écouter, c’est à nous de la chercher…

Sur les plateformes, l’afro se retrouve noyée dans une catégorie plus ou moins “fourre-tout” appelé “World” (Musique du monde). Mais à moins que les artistes rocks, jazz, pop, ou dance soient nés sur une autre planète, aux dernières nouvelles toutes les musiques viennent du même “monde” non ?

OK on plaisante bien sûr. Plus sérieusement on a surtout du mal à comprendre que le titre de Hiro et Naza “Laissez-les” puisse côtoyer les grands classiques du reggae jamaïquain sur iTunes…On a absolument rien contre le reggae, au contraire, on trouve juste que ce n’est pas cohérent. Et en parlant du reggae, ce dernier a le droit a une sous-rubrique dans cette fameuse partie “World” sur le iTunes Store. Chers amis d’Apple, pourquoi ne pas faire la même chose avec l’afro ?

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Une rubrique “World” tout simplement laissée à l’abandon.

Si on fouille un peu plus, on trouve plein d’autres incohérences dans cette rubrique “World”. Que font Tri Ann, Rohff, Soprano ou encore Matt Pokora dans cette rubrique ? Aberrant. On est tous d’accord pour dire que l’erreur est humaine, mais ces erreurs de référencement sont là depuis plusieurs mois et rien ne bouge. Ce qui montre bien que c’est loin d’être une priorité pour les responsables éditoriaux des plateformes. Tout comme les mises en avant “Musiques du monde” qui peuvent rester en place pendant plus de 6 mois…

Pensez-vous vraiment que celui qui écoute de la « musique du monde » écoute toujours la même chose et n’aime pas le changement ? Difficile à croire…

Et ce sont aussi les mêmes albums qui “trustent”encore et encore les premières places depuis plusieurs années. Le public n’achète que des classiques ? Ou il y a tellement peu de travail éditorial effectué sur cette rubrique que personne ne s’y retrouve et personne n’est incité à acheter des nouveautés ? On ose espérer que c’est sûrement un peu des deux (et pas uniquement la deuxième réponse)…En attendant, c’est Manu Chao et Kassav qui se régalent…

La Fnac ne fait pas beaucoup mieux que les autres avec également une rubrique “Musique du monde” peu entretenu. A noter, malgré tout, une page dédiée aux “figures emblématiques de l’Afrobeat”. Bel effort à souligner, même si il n’est à aucun moment question de la relève et de la scène afro actuelle…Comme si l’afro était resté bloqué à une certaine époque…allez encore un petit effort !

Attention, pas question pour nous de faire un procès aux acteurs de l’industrie musicale et à tous les formidables outils mis à notre disposition pour écouter nos titres préférés. Si l’afro est moins mis en avant que la pop, il y a également des raisons simples et pragmatiques.

Le volume d’écoute.

Il semble évident que l’afro est moins plébiscité que la pop par exemple et par conséquent, les plateformes font le choix de regrouper les styles musicaux moins écoutés afin de simplifier leur travail quotidien pour entretenir leurs playlists et leurs systèmes de recommandations. Ok on comprend ça, mais pourquoi le géant suédois Spotify met en avant des rubriques “Punk”, « Métal » ou “Soul” en 2016 ? Et pas de rubrique « Afro » ? Ça on a beaucoup plus de mal à comprendre…

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Le catalogue de titres afro.

Ce n’est un secret pour personne. Les 3 acteurs les plus importants de la musique que sont Universal, Sony et Warner ont fait main basse sur les plateformes de streaming. Et ces trois là sont encore timides sur l’afro. Ils n’ont pas véritablement développé et commercialisé de catalogue de titres africains. Dans ce cas, pourquoi iraient-ils promouvoir des morceaux qui ne leurs rapportent rien ? On est là face à une problématique économique. Bien qu’on la regrette, on peut tout à fait comprendre la position de ces majors. Mais Deezer, Spotify ou Apple pourraient tout à fait recruter quelques personnes supplémentaires pour fournir un travail éditorial de qualité sur l’afro…On parle d’entreprises travaillant avec des budgets de plusieurs millions d’euros, il doit être possible d’investir quelques dizaines de milliers d’euros sur l’afro non ?

Un continent à fort potentiel.

Comme de nombreux autres secteurs économiques, l’industrie musicale voit dans l’Afrique un fort potentiel mais se retrouve parfois face à des contraintes difficilement contournables pour l’instant. La faible bancarisation, la fiabilité des réseaux internet mobiles, ou encore le taux peu élevé d’utilisation de smartphones, sont tout autant de raisons qui font de l’Afrique un continent à surveiller de très près mais pas encore suffisamment mature pour voir arriver de gros investissements sur le streaming et le digital. Et ça aussi on peut comprendre même si l’Afrique avance actuellement vite, très vite sur ces sujets. Et puis surtout la musique afro n’est pas réservé aux africains, ni même à la diaspora. C’est désormais une musique universelle. Alors laissons tout le monde en profiter non ?

Les choses bougent malgré tout.

Believe, le leader européen de la distribution digitale, fait de nombreux efforts et a bien compris les enjeux du marché africain, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis, ou bien en Afrique (et au contact de la diaspora africaine internationale). C’est un marché en pleine mutation qui est rempli d’opportunités. Believe a donc récemment recruté une personne dédiée au contenu afro et fait le choix de réaliser régulièrement des playlists thématiques “afro” avec son compte Tropical Session. Bon, si on doit être pointilleux, on regrettera quand même le mélange du catalogue afro avec celui de la musique caribéenne :-)

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Notons également le lancement récent de la plateforme Afrostream.tv permettant de regarder des films et séries afro en mode « Netflix ». Et oui, si on peut le faire pour les vidéos pourquoi ne pas le faire aussi pour la musique ? La startup JAIYE semble l’avoir compris et s’apprêterait à lancer une plateforme de streaming dédiée à l’afro…Bravo ! On est sur la bonne voie !

https://www.facebook.com/JaiyeSounds/videos/624068467730049/

Pour conclure cette enquête, il serait malvenu de notre part de parler de boycott.

En effet, même si Spotify et Apple sont encore beaucoup trop timides et désarmés, des efforts sont faits (mention spéciale à Believe et Deezer) et certains paramètres que l’on a évoqué ci-dessus expliquent avec beaucoup de logique ce manque de visibilité globale et une certaine négligence envers l’afromusic. Cependant, si personne ne dit rien, il ne se passera rien. Et nous, chez African Moove vous savez bien que l’on cherche toujours à faire bouger les choses 😉 !

@fivecomunik

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

Trouvez-vous que la musique afro est boycottée ?

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MESSAGE AUX ARTISTES

Chers artistes, vous pouvez aussi mettre en ligne votre musique sur notre plateforme AFM STREAM (en écoute et téléchargement libre). Il suffit de nous envoyer vos sons. On peut également vous aider et vous conseiller pour commercialiser votre musique et enrichir le catalogue mondial de la musique afro sur les plateformes. Contactez-nous. Car encore une fois, si ça n’avance pas assez vite, c’est à nous de créer le moove’ment !