ITW: Jef Cahours Directeur Artistique @ Warner Music & Magic System

C’est dans un des studios de Warner Music France que j’ai été reçu par Monsieur Cahours Jef, Directeur Artistique chez Warner Music/Parlophone pour un entretient sur le métier de Directeur de Artistique au sein d’une maison de disque.

Je rencontre un homme sympathique, décontracté, éloquent, qui dégage une assurance. Son expérience réaliste notamment avec le groupe Magic System et d’autres grand noms de la scène française, nous amène à comprendre plus précisément ce métier de l’ombre dont la musique ne peut se passer.

Quel est votre parcours dans la musique ?

Passionné de musique j’ai commencé ma carrière musicale dans un groupe appelé « Les Satellites », dans les années 90.
Pendant 10 ans j’ai été musicien et manager du groupe. Nous avons produit 4 albums.
Mais à un moment ma de carrière je me suis rendu compte que j’avais des attributions naturelles pour le management.
Je suis alors rentré en maison de disque, d’abord chez Delabel en production. J’ai rejoins Thierry Chassagne chez V2. Depuis on a toujours travaillé ensemble, chez Epic, Jusqu’à Warner et Parlophone.

Quel est la journée type de travail pour un Directeur Artistique ?

Il n’y en a pas vraiment, on peut passer d’une session studio avec un artiste à des réunions avec des éditeurs ou des collègues. D’un coup de fil avec un auteur, des sessions d’écoutes des dernières productions reçues et finir sa journée en concert, en soirée etc. C’est un métier de tous les instants.
J’ai l’habitude de dire que quand on a la chance de faire un métier qu’on aime il n’y a pas d’horaires fixes. Il faut savoir s’organiser pour se préserver du temps personnel et ne pas tomber dans l’excès, afin de pouvoir se ressourcer.

Quelle est la vocation d’un Directeur Artistique ?

C’est d’abord de découvrir de nouveaux talents et les accompagner. Accompagner des artistes déjà connus et affiner leur répertoire. Mettre en place la production c’est à dire trouver le bon réalisateur pour la couleur de production recherchée. Puis l’aspect gestion du budget, gestion du planning, accompagnement sur la promotion etc.

Comment est établie la gestion du budget ?

Il existe encore très peu de DA 100% artiste. Un DA aujourd’hui prend en considération le risque financier. Evidement sur un artiste qui est disque de platine on peut se permettre un budget plus important car on part sur une économie saine. En revanche c’est dangereux de se permettre des dépenses trop importantes pour artiste qui débute, surtout pour ce dernier car un album trop ambitieux est perçu comme un échec même si les ventes sont moyennes.
C’est important la perception ! Prenons l’exemple d’un artiste qui pour son premier concert joue à la Cigale, il y’a 200 personnes dans la salle, c’est considéré comme un échec. Cependant ce même artiste remplis la Boule Noire, cela va être considéré comme un succès.
Enfin le budget doit être établie en fonction de l’échelle de chaque artiste et de ses besoins. En effet enregistrer un symphonique coutera beaucoup plus cher que d’enregistrer avec un beatmaker.

Vous produisez quel genre de musique chez Parlophone ?

Chez Parlophone on n’a pas style de musique précis, mais on a de la vocation à faire de la musique populaire. L’ADN du label est très éclectique : Electro, Chansons, Musique Urbaine, etc. Ce label à une très forte culture d’auteur-compositeurs, Renaud, Alain Souchon, Julien Clerc, Soprano, Magic System, pour ne citer qu’eux.

En tant que Directeur Artistique du groupe Magic System , quel était votre premier ressenti lors de votre rencontre professionnelle ?

Déjà il faut savoir qu’on a déjà produit leur dernier album ensemble, un hommage aux tubes africains. C’était une révélation de travailler avec eux, étant moi même à la base un artiste de groupe. Je les connaissais par leurs tubes mais j’ai été confronté à des vrais rapports humains et très impressionné par leur longévité. Leur fidélité à leurs origines musicales est toujours intacte et j’aime leurs perpétuelles réflexions sur les nouvelles sonorités.
Sur leur coté interprète, on est obligé de prendre une claque, ce sont très bons chanteurs qui se complètent, chacun ayant sa spécificité.

Actuellement comment intervenez vous sur la production musicale du groupe ?

C’est vraiment un échange, ce sont des artistes assez lucides sur ce qu’ils veulent. Je les aide sur la mise à jour car le format des radios évolue. Actuellement, je travaille sur leur prochain album, l’esprit est de produire un album actuel sans dénaturer le groupe. Magic System a des vrais fans par rapport à leur identité, ce qui est très respectable .
Concrètement on sélectionne des instrus ou sinon j’organise des sessions de travail ou la production est créée en studio. Des fois ça ne donne pas grand chose, des fois ça donne des choses superbes.

Comment les projets et les artistes vous sont attribués, cela se fait t-il au feeling ?

Les choses se font naturellement, on est trois DA et les projets sont repartis entre nous. Ensuite si les choses se passent bien on repart pour un nouveau projet. Il peut y arriver qu’il y’ait un changement de DA sur un projet, cela m’est déjà arrivé. C’est pour le bien du projet mais aussi pour permettre au DA de se changer les idées afin d’éviter de tomber dans la routine avec les mêmes compositeurs. Il faut savoir se renouveler, le fait de changer de DA peut être une bonne opportunité.

Vous est-il par conséquent déjà arrivé de refuser de diriger un projet ?

Non, j’ai toujours voulu relever les défis. D’ailleurs je me suis aperçu que ça m’a enrichie de travailler avec des artistes qui musicalement n’étaient pas à priori ma tasse de thé.
Inversement j’ai « moins appris  » sur des artistes dont j’étais très fan. Avec l’expérience je sais qu’il ne faut pas avoir des idées préconçues. Il faut aborder chaque projet comme un nouveau challenge, partir d’une feuille blanche et garder le maximum de place à la surprise.

Au final passez vous plus de temps en studio ou dans votre bureau ?

Tout dépend de la période, en moyenne je passe plus de temps au bureau.

Quel est votre pire souvenir en tant que Directeur Artistique ?

Je me dis souvent que quand un projet marche c’est dû au bon casting et quand le casting n’est pas génial, ça ne marche pas et la situation peut devenir très embêtante pour tout le monde. Il m’est déjà arrivé de me retrouver avec des gens compétents mais qui ne sont pas compatibles, du coup, on annule tout, sinon on perd du temps sur le timing de travail et sur la crédibilité.
Un autre exemple : un artiste sur la fin de son projet vous appelle et décide de détruire l’œuvre après trois mois de travail. Certains artistes ont peur d’être jugés donc ils ont peur du défaut. C’est à ce moment là qu’il faut être psychologue et savoir rassurer.

Plus positivement ce sont des nuits de travail avec des artistes très professionnels et à la fin, l’œuvre une fois diffusée rencontre un succès commercial.

Est ce que vous écoutez encore la radio ?

Oui, J’écoute la radio « professionnellement », en voiture la plupart du temps. Mais j’écoute plus souvent les Talk show avec des interviews etc.

Pourquoi des Talk Show ? Vous écoutez déjà trop musique au travail ?

Non, je trouve que les radios musicales sont un peu trop agressives. De plus avec les abonnements streaming on peut écouter tous les tubes et playlists en offline et ça évite d’écouter le même titre 20 fois de suite !

Quelles sont les compétences pour être un bon Directeur Artistique ?

Déjà, il n’y a pas d’école! Comme je l’ai dit, dans le passé les DA étaient 100 % artistes ou réalisateurs (Quincy Jones, Michel Berger etc.) Mais avec le succès commercial de la musique le DA actuel fait attention aux radios, aux tendances, à l’aspect financier etc.
De plus il faut être en phase avec son label. Moi par rapport à Parlophone, j’ai une sensibilité populaire, j’arrive vite à retenir un son accrocheur. C’est ce que qu’on attend de moi.

Il faut avoir des qualités relationnelles et organisationnelles, être souple sur les plannings. N’oublions pas qu’un DA est au service de l’artiste tout en sachant se faire respecter.
Il faut avoir de la conviction dans ses choix, après c’est le public qui décide.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui aspirent à faire comme vous ?

Dans la musique la seule chose qui l’emporte c’est la passion. Vouloir réussir pour réussir ou être dans le format c’est ridicule. On ne peut pas tricher. Alors oui on peut arranger et rendre meilleur mais la base doit être la.

Propos recueillis par Markheaven