La Congolisation du Rap Français

Nous entamons le 2ème semestre de l’année 2015, entre la marche des Charlie, les émeutes de Watts, les écarts des petits soldats de Mr Chevênement, nous voyons arriver, au grand dam des inconditionnels de la France unicolore, le débarquement d’une délégation congolaise sur les côtes du rap hexagonal.

Une nouvelle école mwana poto du rap (mwana poto indique des Européens étant issues de l’immigration congolaise) ayant comme fer de lance @GRADIDUR et @Niska_officiel inonde la toile de vidéos dans lesquels s’enchaînent pas de danse empruntés au ndombolo remixé à la sauce états-unienne des banlieues et onomatopées similaires à celles lancées dans les nganda de Matonge.

Déjà avant ce déferlement de « Niama » @koziniama, de « NDEKO » (@keblackmusik de « Sheguey » @GRADIDUR, les artistes confirmés et influents que sont @youssouphamusik et @maitregims, tous deux fils d’artistes sur-confirmés dans la musique congolaise (Tabu Ley Rochereau pour le premier et Djanana Djuna du groupe Viva La Musica pour le second) marquèrent fièrement leur double appartenance en semant ici et là quelques graines bantoues histoire de voir éclore quelques jeunes pousses dans une musique urbaine bien forgée quant à elle dans les HLM français.

L’idée est lancée : assistons-nous à une «Congolisation» du rap français ?

Après les années 60 et ses fausses promesses d’indépendance, dans une économie sociale inexistante, le moyen le plus populaire de s’enfuir du misérabilisme n’est plus que jamais la musique pour le jeune Congolais. De là, de grands paroliers accompagnés de musiciens de même envergure écriront la culture congolaise de notes qui leur restera propre. Franco Luambo, Tabu Ley Rochereau, Pépé Kallé et leurs acolytes propagent la fièvre de la rumba au-delà des frontières.

Les pays africains voisins et moins voisins se verront contaminés par cet ebola musical, le virus devient le plus puissant mutant de rumba à soukous, avec l’introduction des atalaku (sorte de DJ à l’africaine), lesquels ambiancent d’interminables breaks musicaux appelés sébéne. Le sébéne est un break musical où l’un des guitaristes est mis à l’avant pour un solo effréné dans le but de faire danser l’assistance. C’est le départ d’une chorégraphie individuelle ou collective. Une nouvelle danse est crée pour chaque nouveau hit circulant en VHS dans un réseau parallèle.

Cette fois, c’est Papa Wemba, Koffi Olomidé, King Kester Emeneya, Madilu System, Tshala Muana qui donne la formule gagnante plus tard rejoint par J B Mpiana, Werrason, Fally Ipupa et j’en passe. C’est en « s’enjaillant » sur la musique de cette nouvelle génération de groupes congolais que les rappeurs de la diaspora congolaise grandissent dans les métropoles françaises. Aux fêtes de famille, et tout afro-descendant sait qu’elles seront nombreuses, il y a toujours cette tante qui te force à danser et à montrer tes talents de machine à bouger sur ces rythmes entraînant.

Une première vague de rappeurs issue de la diaspora congolaise, à la fin des années 90, fait son apparition sur le PAF, le Bisso na Bisso (= entre nous) ayant Passi comme chef d’orchestre, épaulé par Mystik, Arsenik et les 2 bal du Ménage à 3 proposent des sonorités tirées du folklore de leur racine, comme le témoigne le nom du premier album du collectif intitulé « Racines »

En constante évolution, le lingala est une des langues les plus utilisées dans la musique africaine pour son swing et sa chaleur. Aujourd’hui, nous pouvons l’entendre sur de la trap music et autres sonorités électroniques, utilisée par @TitoPrinceVrai @siboy_BMG @koziniama @BRUTBLACK ou encore S-Pi @icecriminel. Sur des instrumentaux plus classiques, @escobarmacson, @DespoRutti93 ou @PoisonMobutu usent de cette africanité au paroxysme. Sur des productions plus expérimentale là encore la diaspora congolaise compte son lot de rappeurs comme @philemon, @jesuisbadi ou @BALOJI.

Le point commun des différents acteurs du mouvement est ce sentiment de nostalgie ou/et cette envie de communier avec la terre des ancêtres traduite par diverses intrusions linguistiques dans la langue française, ainsi qu’un multiculturalisme ambiant malgré le politiquement correct du « non au communautarisme » qui tente de ranger dans le tiroir « rap communautaire » cet appel au voyage.

Même des kickers d’origines différentes y ont pris goût, ainsi plus personne ne s’étonne d’entendre un @officielniro lancer un « Niama » ou un @sethgueckofficiel parler de son « Likata » dans leurs textes. Et oui Marine bienvenue en Franco-Congolie.

@kapesaofficiel


The second semester of the year 2015 began with the march of the Charlies’, Watts’s riots, M. Chevènement’s little soldiers’ misdemeanor and, to the great displeasure of the unconditional of the monochromatic France, the arrival of a Congolese delegation on the French rap coast.

A new rap school “Mwana poto” (referring to Europeans from the Congolese immigration), with #Gradur and #Niska as spearheads, is taking over the web with videos mixing dance moves, inspired from the “ndombolo” and remastered the American way, with sounds similar to the ones heard in Matongé’s nganda.

Even before this wave of “Niama” and “Sheguey”, influential and established artists such as #Youssoupha and #Maîtregims, both sons of famously known Congolese artists (respectively Tabu Ley Rochereau and Djanana Djuna from the band Viva La Musica), proudly paid tribute to their cultural duality by spreading some bantu seeds here and there, in order to see them blossom into some urban music, born in French social housing.

The idea is set: are we noticing a “congolisation” of French rap?

After the sixties and those false promises of independence, in a non-existent social economy, music turned out to be the most common way used by the Congolese youth to get away from pessimism.

From there, major songwriters and musicians will write the Congolese culture with their own tones. Franco Luambo, Tabu Ley Rochereau, Pépé Kallé and their acolytes spread the rumba fever all over the world.

Every African countries would soon be contaminated by this Ebola-like musical virus, which became the most powerful mutation from rumba to soukous, with the introduction of atalaku (like an African DJ) who animate endless musical breaks called “sébéne”.

Sébène is a term used to describe a musical break during which one of the guitarists goes in front of the stage and plays an unbridled solo to make the crowd dance; it marks the beginning of an individual or group choreography.

A new dance is created for each new hit out in VHS, in a parallel network.

This time, Papa Wemba, Koffi Olomidé, King Kester Emeneya, Madilu System, Tshala Muana are the ones who gave the winning formula, later joined by JB Mpiana, Werrason, Fally Ipupa and many others.

It’s by “turning up” to the music of this new generation of Congolese bands that rappers from the Congolese diaspora, living in French metropolises, grew up.

At family parties, and every afro-descendant knows there are many, there is always that one aunt who forces you to dance and show your skills on those catchy rhythms.

A first wave of rappers from the Congolese diaspora made its apparition on the French audiovisual landscape, by the end of the nineties: Bisso na Bisso (which means “between us”) with Passi as leader of the band, seconded by Mystik, Arsenik and “Les 2 bal” from “Ménage à 3” who offer sounds inspired by the folklore of their roots, which is shown by the name of their first group album called “Racines” (“Roots”).

In constant evolution, the Lingala is one of the most used languages in African music, for its swing and its warmth.

Today, it can be heard in trap music and other electronic sounds, used by #Siboy, #Titoprince, #S-Pi or even #Blackbrut.

On more classical beats, #Escobarmacson, #Despo or #Poison wear this “africanity” to its paroxysm. And on more experimental productions, the Congolese diaspora has its share of rappers such as #Philemon, #Badi or #Baloji.

The common point between the multiple actors of this movement is a feeling of nostalgia and/or a desire to communicate with the land of the ancestors, reflected by diverse linguistic intrusions in the French language and a prevailing multiculturalism, despite the political correctness of the “no to communitarianism” trying to put this call to travel in a “communitarian rap” drawer.

Even kickers from different ethnical backgrounds start to enjoy it, so it is no longer surprising to hear a #Niro throw the word niama or a #Sethgecko talking about his likata in their texts.

Welcome to Franco-Congolie, Marine.

@kapesaofficiel