« Makassy né pour rassembler »

Bonjour Makassy, le succès du titre Doucement a été à l’origine de la sortie de votre premier album TANT QU’ON RESPIRE. Expliquez-nous cette aventure ?

C’était une grosse bataille aucun club ne voulait le morceau parce qu’ils le trouvaient trop lent. On est donc allé proposer de le jouer en live et de voir comment les personnes réagiraient et voilà. J’ai fait trois ans de tournée club, avant qu’NRJ n’arrive il y a six mois.

Parlez-nous donc de la double vie du titre Doucement la première étant un peu plus communautaire et sur le web et la seconde plus populaire et nationale ?

C’est exactement ça ! Je ne m’y attendais pas. Mon staff et moi allions passer à autre chose. On se disait que c’était fini, et on a eu de la chance. Doucement a eu une seconde vie, s’en est suivie la tournée des médias et la possibilité de sortir un album dans de très bonnes conditions grâce à Scorpio Music.

Le titre Tant qu’on respire de votre album est un très bel hommage à vos parents. Comment ont-ils réagit à l’écoute de cette chanson ?

Imagine ma mère, les mains au ciel (Rires) les larmes pendant des heures. Et mon père dans la retenue. Tu connais les darons ils sont fermés. Tant qu’on respire je l’ai écris de façon à ce que tous les enfants d’immigrés se reconnaissent dans le morceau parce que finalement le périple on l’a tous connu. ­­Je vais le clipper à la rentrée, car je veux faire ressortir la souffrance des générations d’avant pour notre confort aujourd’hui.

Tant qu’on respire sera donc le prochain clip ?

Non ce sera Dance dance dance avec une grosse promo, et en parallèle je vais clipper Tant qu’on respire parce que si tu veux moi, je suis dans un carrefour dans ma carrière. Il y a beaucoup de gens qui sont restés sur le cliché de Doucement noir sexy chocolat qui n’a rien dans la tête, tu vois ? Mais le truc c’est que ça vend… Soldat m’a déjà apporté une crédibilité. Aujourd’hui, tu peux voir pleins de selfie de jeunes qui disent « Makassy-Soldat » nous aussi on va être des exemples pour la relève. Je veux casser les préjugés sur moi, et déjà je vois des retournements, « ah au début je pensais que… » Pourtant on t’a déjà dit que l’habit ne fait pas le moine, que les apparences étaient trompeuses, et qu’avant de juger il faut connaître tout le monde le sait. Ce sera une belle leçon et ça.. ça va me servir pour mon nouvel album.

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Vous travaillez déjà sur un second album ?

J’écris et je travaille déjà sur la suite. Je suis un artiste issu de l’indé, (label indépendant, ndlr). Toute ma musique a toujours été gratuite et maintenant dire au gens « achetez » c’est compliqué, on va voir. Oui, il y aura un deuxième album, mais maintenant est-ce que j’aurai les mêmes partenaires ? Ça dépendra des ventes. Tu connais le marché tu peux faire le plus bel album qui soit et écrire les plus belles paroles, mais à la fin si t’as pas les ventes ils te diront Salam.

En parlant des autres morceaux, le titre Witness m’a beaucoup marqué. Qui vous a inspiré, et pourquoi le choix de l’anglais ?

En faite, c’est que j’ai toujours rêvé de chanter à l’étranger (Rires), et on va pas se mentir si les Nicki Minaj et les Chris Brown ils passent sur nos antennes françaises, c’est parce qu’ils parlent en anglais. L’anglais lisse les thèmes difficiles. C’est pour ça que j’ai voulu parler de maltraitance des femmes, une cause qui me tient vraiment à cœur. Le clip imageait les choses, et l’anglais camouflait par le groove. Je pensais que c’était le titre qui allait buzzer, mais il a touché un public adulte qui se contente de regarder une fois et se dit « ah non j’ai kiffé », il achète le single et après c’est fini ! Le public qui clique mille fois et qui fait que ça monte, c’est les ados. Alors un clip comme ça, en anglais en plus, j’ai eu du mal à les concerner donc j’étais très déçu du résultat. Je l’ai remis sur l’album parce que je me suis toujours dit si un jour j’ai de la notoriété, je vais l’utiliser à bon escient. Si on pouvait relancer le débat et essayer d’enrayer la loi du silence autour de nous ce serait bien et ça permettrait de sauver quelques vies.

Vous savez AfricanMoove est un site dédié à la communauté africaine, et vous êtes d’origine congolaise, alors dites nous vous êtes muluba, mukongo … ?

(Rires) Ah t’es comme ça, je suis des deux Congo. Kinshasa et Muluba de père et ma mère vient de Brazza. Depuis petit ma mère me dit :  « tu es né pour rassembler ». On verra bien en tout cas c’est le but de faire un maximum de buzz.

Alors, j’aimerais savoir quel est votre lien avec votre pays d’origine de manière personnelle appelez-vous souvent là-bas ? Faites vous des transferts d’argent ?

Non non non, ça c’était au début, tu tombes dans la spirale, et tu te rends compte que c’est pas forcement aider d’établir une sorte de tutelle comme ça parce que finalement, ils ne font rien, et là tu te rends compte que quand tu n’aides plus, la famille s’en sort bien. Après des coups de fils j’évite aussi, parce que tu connais quand t’appelles c’est « Allo ! Allo ! Il faut envoyer… » « Je dis sinon c’est quand que tu dis bonjour toi ». (Rires)Voilà, un texto, Facebook, mais les appels je ne décroche jamais, parce que les doléances ne finissent pas.

Makassy African Moove

Vous êtes père de famille, comment arrivez-vous à concilier votre vie de famille et votre vie de star ?

C’est devenu plus dur. Dans le sens où quand tu te balades avec ta femme et ton fils tu as des photos sur Instagram. Ça fait mal au cœur, tu vois. Parce que nous les artistes on se voit comme des personnages. Mais le fait que certains ne comprennent pas que ta femme et ton fils, ils n’en ont rien à faire de la musique, et que ça ne les intéresse pas d’être sur les réseaux sociaux parce que déjà ils n’en ont pas. Tu vois ça c’est gênant. Je pense que c’est le plus dur à vivre en étant populaire.

Professionnellement quelles sont vos ambitions pour l’Afrique ? Avez-vous une tournée prévue là-bas ? Si oui, dans quel pays ?

Là en ce moment, ça discute beaucoup avec l’Afrique, le problème c’est que j’suis beaucoup booké. C’est la façon de mettre en place la tournée africaine qui est difficile. Mais j’ai des projets, j’ai déjà une idée de ce que je veux réaliser, c’est le sujet de mon master, « Le sport à des « faims » qui justifient les moyens. » Tu vois c’est un jeu de mot. (Rires) Après c’est sur qu’il faut avoir les moyens. J’ai aussi créé une société de production on va essayer de produire des artistes, faire des promos club, on va voir où ça va mener mais toujours essayer de grandir, pouvoir embaucher un jour, ce serait cool de pouvoir aider les jeunes, les former une sorte de Bomayé Musik, tu vois ?

Quel est le dernier pays africain que vous avez visité ou aimeriez visiter ?

Congo, mais après si je pouvais faire un tour du monde et un tour d’Afrique je le ferai. L’Afrique du Sud j’aimerais bien, après tout le monde me dit « ah chaud gars ! » (Rire). Quand tu regardes toute l’Afrique est très belle. Ça me plairait bien de faire une vraie tournée dans toute l’Afrique, je prendrais 6 mois pour faire ça. On verra bien je pense que c’est quand t’es arrivé que tu peux te permettre ça.
Le dernier pays que j’ai visité c’est le Congo, c’était une très belle aventure familiale mais vraiment dure. C’était il y a longtemps, en 2000, après la guerre. En rentrant de là-bas j’ai arrêté de demander des Nike Air à mon père. Les caprices étaient terminés.

Dans les musiques africaines quelles sont vos références, les artistes que vous aimez bien ? Et les artistes de la nouvelle génération, qui suivez-vous et encouragez-vous ?

J’en ai pleins, j’te cache pas j’suis congolais. (Rire) JB Mpiana, Papa Wemba, Werasson, Fally Ipupa, ce sont les artistes que j’ai saigné Koffi Olomidé. Même aujourd’hui Zaïko tout ça. Après il y a eu la grosse période coupé décalé les DJ Arafat, DJ Lewis avec sa voix. (Rire) Lui en soirée c’était le feu. Et puis on va pas se mentir la musique africaine c’est aussi Bisso Na Bisso, le Secteur A aussi à l’époque. Et il y a la fierté des artistes d’aujourd’hui, comme Youssoupha et GIMS tu vois ils sont là et ils sont arrivés à un point où il suffit qu’ils fassent un feat avec toi pour que tu entres sur NRJ. Moi j’aurais aimé avoir ce coup de pouce. Ils prêtent de leur notoriété, je trouve ça magnifique c’est ce que j’aimerais pouvoir faire plus tard. C’est des artistes que j’admire, mais c’est dur de soutenir des gens qui ont déjà une grande notoriété, ils ne le remarqueraient même pas. Dans la nouvelle génération il y aussi Jessy Matador, quelqu’un avec qui je suis très proche. Il m’encourage, il dit les choses clairement, il y a Ben-J des Nèg’ Marrons aussi, ce sont les grands frères du milieu.

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Quel est le dernier CD afro que vous avez écouté ?

Jb Mpiana, j’ai tous ses albums, mais mon préféré ça reste Titanic, TH (Toujours Humble, ndlr), Fally Ipupa ma mère aussi l’aime beaucoup « Et Fally eh lokéto » ça y’est tu l’as perdu (Rire).

Quel est votre plat africain préféré ?

Lossona madesu, le foufou avec le pondou et le poulet, c’est chaud ça c’est la vraie vie (Rires) et les bananes plantains bon ça c’est connus de tous les africains.

Portez-vous le dashiki ?

Oui, ma mère m’en a offert un cet été. J’ai des pagnes et tout après si je peux afficher ma fierté culturelle je le fais avec plaisir.

Quels produits beautés utilisez-vous pour entretenir vos cheveux ?

Mon coiffeur me défrise les cheveux avec du Activilong Regular c’est tout. Sinon pour ne pas utiliser le gel mon coiffeur m’a donné une astuce avec le sèche-cheveux.

Durant l’été, une vidéo a fait le buzz sur la toile celle du président américain Barack Obama qui dansait la Lipala Dance sur le morceau du groupe Sauti Sol, et vous quel président ou personnalité aimeriez-vous voir danser sur un de vos morceaux et lequel ?

Obama directe il n’y a même pas à chercher c’est comme dans mon morceau I have a Dream. Le président des Etats Unis, un noir, c’est une fierté. J’ai un morceau c’est I have a Dream, j’ai une société c’est I have a Dream Records. C’est le résultat de tous les combats qu’ont mené Martin Luther King, c’est ce qui fait que l’on est là aujourd’hui je peux que dire Obama. C’est vrai que c’est dommage pour tous ceux qui sont partis, lui il y est, il est en place, c’est l’homme le plus puissant au monde : c’est un noir, c’est beau ! On dit que le temps passe, et que l’histoire s’efface, alors c’est pour ça que je tiens à laisser une trace via mon art qui va permettre d’en aider d’autres plus tard. Parce que quand on est différent pour être accepté il y a toujours un combat à mener. J’ai beaucoup regardé les films comme Malcom X, Mohamed Ali, et les films sur Martin Luther King donc c’était important de lui rendre hommage à ma façon. J’espère que tout ceux qui vivent ces combats ou qui ont vécu ces combats se diront si jamais on réussit, on a notre société de musique qui est là et qui porte notre histoire.

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Avez-vous un coup de gueule à lancer ?

Ça reste sur les réseaux sociaux, parce qu’aujourd’hui je suis très exposé, et j’aimerais juste rappeler que ça ne sert à rien de juger sans connaître, il faut prendre du recul et se dire si on me faisait pareil est-ce que ça me ferait plaisir ? Juste ça, prendre le temps d’écouter l’œuvre entière plutôt qu’un petit extrait et commencer à faire le malin sur les réseaux sociaux c’est facile de se cacher derrière un ordi et twitter. Mais c’est pas bien car ça a des conséquences moi je le supporte mais c’est plus difficile pour mon entourage.

Un coup de cœur ?

Pour mes fans, c’est toujours pour eux. Parce que jamais je n’aurais pu imaginer autant d’amour, autant de soutien. Sur les plateaux radio, tu te rends compte je suis peut être l’artiste de label indé qui n’a pas besoin de plus de promo que ça. Tu arrives sur les plateaux, on scande ton nom. Vraiment un grand merci, mon coup de cœur dans ma carrière c’est vraiment eux, le soutien qu’ils m’apportent et c’est tout mon entourage. Ma famille, mes amis qui tapent des nuits blanches à mes côtés et ne disent rien. Ils ont toujours été là à me soutenir, à chaque étape même quand c’était dur.

Qu’avez-vous pensé de notre site ? Avez-vous lu la chronique de votre album ?

La chronique sur moi?! Elle est magnifique jamais on ne m’a autant mis en valeur… Je vais publier encore et encore (Rires)

Enfin, MaKassy quel message souhaitez-vous dire à vos fans de la team AFM ?

Je voudrais juste qu’ils mettent de coté les préjugés que Doucement a créé qu’ils prennent le temps de découvrir Tant qu’on Respire parce que c’est un album qui rend hommage à notre communauté tout simplement.

@SugarBrown_