Wulu ou « le cauchemar » de Ladji

Daouda Coulibaly réalise son premier long-métrage avec Wulu. Wulu qui signifie chien en bambara (langue du Mali) est également le dernier niveau d’un rite d’initiation. Cette étape permet à l’initié d’éclairer sa place dans la société. Comme les jeunes de son pays, Ladji, apprenti chauffeur, veut se construire une place. Mais certains codes de la société l’empêchent de se réaliser. Il décide de se lancer dans le trafic de drogue pour y arriver et ainsi permettre à sa sœur Amy d’arrêter de se prostituer. Ladji, rusé et déterminé, est prêt à tous les sacrifices (y compris à tuer son meilleur ami) pour s’en sortir dans la vie.

Sélectionné dans plusieurs festivals (Festival International de Toronto, Festival du Film Francophone d’Angoulême), Wulu n’a pas encore trouvé de distributeur.

Ancien régisseur sur des plateaux de télévision, Daouda Coulibaly s’est lancé dans la réalisation en 2008 avec son premier court-métrage “Il était une fois l’indépendance”. En 2010, il réalise Tinye So qui signifie « La maison de la vérité » qui remporte le Poulain du Bronze au Fespaco 2011.

Un destin sous l’emprise du trafic du drogue

Avec ce premier film, le réalisateur nous donne une autre réalité de la société malienne. Wulu pointe du doigt le trafic de drogue et les acteurs qui alimentent ce réseau (chef d’entreprise, combattants d’AQMI). Le film fait un clin d’œil à l’affaire Air Cocaïne en 2009.  Un Boeing 727 venant du Venezuela, transportant de la cocaïne et d’autres drogues, selon l’ONU, avait atterri dans la région de Gao (nord-est). Après avoir déchargé son contenu, les trafiquants avaient incendié l’appareil.

 

Tourné entre le Comparé au film Scarface, Wulu ne ressemble pas du tout à un thriller américain. Le décor et l’ambiance restent fidèles à l’esprit du film. Certaines scènes nous donnent l’impression de visionner un reportage. Le style est brut. Les sons sont amplifiés comme les bruits de respiration, les gémissements d’un homme en plein rapport sexuel, ou encore les coups de feu. Il y aussi beaucoup de scènes sans dialogues ce qui ralentit parfois le rythme.

inna-modja

Le jeu des acteurs reste convaincant. On découvre la chanteuse Inna Modja dans sa première expérience en tant qu’actrice. Ibrahim Koma qui a joué dans la Cité Rose et le Crocodile du Botswanga, s’imprègne avec succès de son personnage. D’origine Soninké, l’acteur français a dû apprendre la langue et l’accent bambara, mais surtout convaincre le réalisateur via Skype pour avoir le premier rôle.

Wulu, un film de Daouda Coulibaly (2016)

Avec Ibrahim Koma, Inna Modja, Mariam Ndiaye, Habib Dembele

Mariam Karamoko