Abla Pokou, Ndate Yalla , Anna Zingha font partie des 10 héroïnes afro-caribéennes, africaines et afro descendantes, réincarnées à travers le portrait de femmes modernes du 21e siècle.

« Reines des temps modernes » se présente comme un livre. Mais en réalité c’est une création artistique qui associe écriture poétique, stylisme, design et photographie.

Wendie Zahibo, d’origine ivoiro-centrafricaine, compte parmi celles et ceux qui veulent montrer que l’esclavage n’est pas la case départ de l’histoire des noirs. Elle a donc choisi le livre comme support pour faire découvrir des reines qui ont marqué l’histoire de l’Afrique.

 AfricanMoove : Le déclic est survenu au Brésil. Là où tu résidais, des personnes se demandaient ce que tu y faisais en voyant ta couleur de peau. Est-ce la condition d’être noir dans ce pays qui t’a poussé à lancer ce projet ?

Wendie Zahibo : J’ai déjà été confronté au racisme mais au Brésil, c’était du racisme frontal. On m’a montré que je n’étais pas à ma place. Je vivais dans un quartier aisé de Sao Paolo, et en quatre mois je n’ai pas croisé un seul noir. Une fois, ma prof de portugais qui est métisse est venue en bas de chez moi, et le portier lui a dit que l’entrée des femmes de ménage se trouvait de l’autre côté.

Cela devait être très perturbant…

Je me suis déjà sentie différente dans la région où j’ai grandi, en Guadeloupe. J’entendais des propos du type « Vous nous avez vendus », « Les africains sont des traîtres ». J’ai commencé à me questionner sur la différence entre être antillais et être africain. Il y a en Guadeloupe une forme de racisme, un complexe lié à de la méconnaissance envers les africains

Tu déclares dans une interview qu’après avoir lu les histoires de ces Reines, tu as eu une autre vision de l’Afrique. Quelle était l’image que tu avais du continent ?

Je me doutais que l’Afrique avait une histoire autre que celle de la colonisation, mais je manquais de connaissances. Je ne savais pas qu’avant l’arrivée des Européens il y avait eu des royaumes. On a cette tendance à donner à l’Afrique qu’une seule histoire alors qu’il existe 54 pays, plusieurs langues, des cultures différentes…

Et de la femme africaine ?

Par rapport à la représentation des femmes qu’il y avait dans les médias, j’avais l’impression qu’on essayait de nous donner une image réductrice de la femme noire comme s’il n’y avait pas de diversité. C’est en faisant des recherches sur ces héroïnes que je me suis rendue compte de la richesse qu’avait le continent africain. Et c’est là que je me suis dit que le mal-être qu’on pouvait avoir en tant que femme noire, de ne pas se sentir représenter, vient du fait qu’on ne va pas chercher les modèles là où ils sont.

Tu as donc choisi des modèles dans l’histoire. Selon toi, on ne peut pas trouver d’icônes parmi les femmes africaines d’aujourd’hui ?

Il y a des icônes aujourd’hui mais il est important de savoir qu’il y avait aussi des icônes dans le passé. Quand l’école vous apprend que l’histoire de l’Afrique c’est uniquement l’esclavage, c’est important pour la construction d’apprendre aux petites filles et aux petits garçons, qu’il existait des rois, des reines, des guerrières…

Sur quels critères as-tu sélectionnés les reines ?

Le choix s’est fait au feeling. J’ai lu une trentaine d’histoires et je les ai choisies au coup de cœur.

Quels sont leurs points communs ?

Ces femmes savaient d’où elles venaient et allaient au bout de leurs convictions. C’étaient toutes des guerrières dans l’âme et elles n’ont jamais laissé qui que ce soit leur dire que ce n’était pas possible.

Les modèles que tu as utilisés pour représenter ces héroïnes ont-elles exprimé leur ressenti ?

La plupart ne connaissaient pas ces héroïnes et cela a été une découverte pour elles. Elles assument beaucoup plus le fait d’être des femmes noires.

As-tu pensé à mettre en place des partenariats avec des écoles, ou des bibliothèques ?

J’y pense. Je voudrais que Reines des temps Modernes soit consultable dans des médiathèques de Paris et de banlieue. J’ai écrit le livre de manière à ce qu’il soit accessible. Le but est que les jeunes filles dès leur plus jeune âge, se l’approprient.

Mariam Karamoko

Reines des Temps Modernes, disponible en précommande (version classique et royale) sur le site reinesdestempsmodernes.com